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Lu pour vous, chaque mois un nouveau livre, vous avez aimé un livre, vous voulez en parler Ecrire à Didier
Novembre : Une vie Française
de Jean Paul Dubois Editions de l'Olivier
Roman broché 257 pages
paru en aout 2004 Prix Fémina 2004
Mes coups de coeurs: Da Vinci Code (Lattès), La grande Île
(Albin Michel), Sept mers et
treize rivières (Belfond)... Toutes les fiches livres

Prix Fémina 2004
Radiographie tragi-comique de la société française depuis l’instauration de la Ve République, le nouveau roman de Jean-Paul Dubois s’intitule Une vie française… mais ne sonne pas vraiment français. Plutôt américain, avec l’influence de maîtres tels que Philip Roth et John Updike, par l’ampleur de son projet, par son souffle, par son aptitude à faire vivre des personnages et à leur conférer une trajectoire à la fois intime, familiale, sociale et historique.

Pour un adolescent timide, grandir n'est jamais chose facile. Surtout lorsque l'on est flanqué de parents accablés et mutiques, d'une grand-mère pétainiste de cœur et chrétienne farouche, d'une tante nostalgique de l'Algérie française et de son ancien milicien de mari, d'une seconde tante tout aussi raisonnablement socialiste qu'âpre au gain et de son crypto-communiste de concubin. Le tout coincé entre Charles de Gaulle, "momie caractérielle vêtue de bandelettes kaki" affublée de son "képi de gardien de square", et son Premier ministre Georges Pompidou. Parce que l'histoire de sa vie se confond avec celle de la Ve République, parce qu'il appartient à une génération "qui ne voulait plus qu'on lui coupe les cheveux en brosse, pas davantage qu'on lui taille sa vie au carré ou qu'on la traîne à l'église", une génération à cent mille lieues de la précédente, "avide d'équité, de liberté, brûlant de prendre ses distances d'avec ses dieux et ses vieux maîtres", le héros-narrateur Paul Blick ne manque ni de verve, ni de regard critique. Il fait sa révolution personnelle durant l'été 1965 en s'adonnant au sexe et à la joie absolue d'être lui-même, martyrise la rue parce qu'il aime "le bordel pour le bordel", se fait exonérer du service militaire pour y avoir été rossé à vif, flirte avec la grande aventure spirituelle du gauchisme, découvre la narcodépendance, la vie communautaire, l'embrasement des campus, le journalisme sportif, la vie de couple avec une fille de droite, les trop nombreuses déceptions de l'âge adulte et la neurasthénie familiale. Mélancolique, il se passionne pour les arbres qu'il photographie comme personne, s'occupe de ses enfants sans s'intéresser aux jérémiades patronales de sa femme, débat pour lui-même des faits et des méfaits de son époque, entretient sa libido loin de son foyer et affronte pêle-mêle krach boursier, faillite, accident mortel, deuil et folie.

À travers le genre d'une saga familiale qui tend à la fois du récit intimiste et de la narration picaresque, de la comédie débridée et de la tragédie, Jean-Paul Dubois privilégie l'art du décryptage socio-politique. Drôle, pétillant et irrésistible, Une vie française joue sur tous les tons, les digressions, les incises et les rebondissements, sans jamais perdre de vue l'essentiel : savoir capter l'ordinaire de l'histoire individuelle pour mieux mettre l'Histoire en perspective. Dédaignant les caprices de la mode, tout aussi réfractaire aux effets faciles qu'aux gadgets littéraires, Jean-Paul Dubois applique trois grandes leçons : humour, vitalité du style et subtilité des références. Les lecteurs, eux, se régalent.

Interview avec Jean Paul Dubois

Le troisième prix du Roman Fnac a été attribué à Jean-Paul Dubois pour Une vie française. Dans cette ambitieuse saga familiale, l’écrivain mêle subtilement la trajectoire de son personnage principal à l’histoire de la Ve République, instaurée en 1958. Un livre aussi drôle que tragique, qu’on pourra lire comme une tendre et impitoyable radiographie de la société française depuis cinquante ans.

Qu'est-ce qui vous a conduit à mêler aussi étroitement l'histoire de votre héros et celle de la Ve République ?
Contrairement à la plupart des livres, celui-ci a commencé par la fin, par la fragilité de l'existence, et l'idée de construire l'ensemble d'une vie par rapport à la Ve République m'est apparu comme une évidence. Je crois que la génération qui est née dans les années 1950, celle du baby boom, a eu plus que toute autre une vie rythmée par la politique. A la différence d'autres époques qui ont été par exemple troublées par la guerre, il y a eu des séquences nettes. C'est une période qui est presque caricaturale de l'évolution d'une société, des cellules familiales et de la vie privée. On retrouve à chaque fois les répercussions du public sur le privé, de la politique classique sur celle de la famille ou des sentiments. Il y a une très forte résonance entre les deux. La mettre en œuvre chapitre par chapitre était aussi une évidence. Là aussi, il y a des couleurs.

Diriez-vous que votre narrateur propose une autre vision de la politique ?
Disons qu'il essaie de garder un œil sur sa propre vie. Le fait de voter n'est pas une fin en soi, on peut être citoyen du monde ou citoyen familial et voter tous les jours dans sa propre vie. Voter une fois tous les cinq ou sept ans n'exonère pas d'être tous les jours un individu politique dans sa propre vie, d'avoir autant de rigueur et d'exigence vis-à-vis de soi que celles que l'on est en droit de demander à un homme politique. Le narrateur a une vision beaucoup plus intime, beaucoup plus personnelle de la politique. C'est un point de vue qui est en chacun de nous, mais que nous avons perdu l'habitude d'avoir à force de déléguer notre propre destin et de le confier à d'autres gens.

Que représente pour vous l'attribution du prix roman Fnac ?
Les prix, quels qu'ils soient, et le principe des prix, impliquent des ressorts que je ne comprends pas. Le mec qui gagne le 100 mètres, c'est forcément celui qui court le plus vite. Celui qui a un prix littéraire n'est pas forcément celui qui a le plus de talent. Cela repose sur des données subjectives. Avoir un prix, c'est donc être confronté à une subjectivité embarrassante.

source FNAC