C'est quoi mon phaeton ?
C'est quoi un phaeton  ? un article de Bernard Boussard, enseignant rémois retraité
L'histoire d'un particulier rémois qui hérite d'une voiture attelée et qui recherche son histoire.
Quelquefois, un objet nous interpelle. Le posséder ne suffit pas. On veut savoir d'où il vient, qui l'a fabriqué. Surtout quand il s'agit d'un objet unique, manufacturé.
Après avoir passé sa jeunesse avec un cheval comme animal de compagnie puis fréquenté les centres équestres ( certains disent les clubs d'équitation) Mr Boussard est cavalier, il entretient son cheval chez lui, dans un box à proximité d'une grande pâture et est président d'une association locale ( les Cavaliers de Saint-Thierry ) et se passionne pour l'attelage, il a participé à de nombreuses compétitions régionales , bien souvent avec des attelages qu'il a fabriqué lui-même.
Voici ce qu'il nous en raconte:

"Ayant retrouvé une voiture attelée chez un brocanteur de Chantilly, je désirais connaître la petite histoire de cette voiture à la peinture vieillie mais encore en état de rouler. La restauration s'est limitée à changer les planchers, regarnir le dossier en conservant le crin de bourrage et la repeindre. C'est grâce aux chapeaux de roue qui portent le nom du carrossier « Deiber Frères La Broque» que j'ai pu contacter M. Simon de l'Essor. Je le remercie de m'avoir répondu. Trouver le nom d'un type de voiture est délicat. Des ouvrages en décrivent et des musées en exposent. « Phaëton Napoléon III » pourquoi pas ! Tous les Phaëton ont quatre roues et furent construits en un grand nombre de modèles différents dès la fin du 18° siècle. Et puis c'est un nom évocateur de la mythologie grecque : Phaëton, fils du dieu soleil Hélios, conduisait le char de son père. L'Histoire raconte que ses chevaux s'emballèrent tant qu'ils mirent le feu à la terre avant qu'on pût les arrêter ! Mais, ce peut être tout simplement une « wagonnette », très utilisée au 19° siècle. Elle servait au transport des voyageurs qui pouvaient emporter leurs bagages en raison de l'importante place qu'elle offrait. On accède à l'arrière par une portière à poignée de bronze et un solide marchepied forgé. Peut-être avait-elle des sièges latéraux en vis à vis. C'est une voiture confortable sur les chemins grâce aux quatre ressorts «elliptiques» ou « pincettes » sur lesquels sont montées la caisse et la coquille. Le dossier cintré à balustres, allège beaucoup cette voiture rustique. A noter également des roues avant pour tourner à angle droit, pratiquement sur place. Le système de freinage, actionné par une manivelle permet de serrer progressivement deux sabots de fer à semelles de bois contre le bardage métallique des roues arrière. Le bon roulage est assuré par l'essieu, du système dit « essieu patent à huile » inventé en 1787 par l'anglais John Collinge. Avec ce véhicule de campagne, on peut atteler de multiples façons : un cheval, une paire, en arbalète et à quatre chevaux. Aujourd'hui, la voiture des Frères Deiber ne sort que par beau temps, sur les bons chemins de Champagne. Elle promène aussi le Père Noël à la grande joie des enfants défilant dans les rues des villages. Et nous, rêveurs, contemplons peut-être dans le ciel les belles constellations du Cocher et du Chariot, non loin desquelles plane Pégase, le cheval ailé."

Bernard BOUSSARD.


moyeu de roue de phaeton
Les précisions de Mr Simon:

Un carrossier à La Broque
"La famille Deiber était venue s'installer à Vipucelle fin du 18° siècle, rue de Fréconrupt.
C'était une entreprise familiale aisée et bourgeoise. Comme carrossier de nombreuses calèches furent confectionnées dans ses ateliers et après la guerre 14/18 Monsieur Deiber abandonna le métier pour se reconvertir dans les sabots.
Ses filles étaient très coquettes. Durant la guerre on pouvait les voir arracher les pommes de terre, mais avec les gants du dimanche.
Monsieur Deiber se faisait aussi aider par le forgeron Diller qui habitait à côté. La « Boisellerie», atelier de confection de caisses de bois fut l'oeuvre de Monsieur Deiber. Sur la place à Vipucelle il fit ériger à ses frais un nouveau Christ, l'ancien étant abîmé par le temps et les voituriers. Sa famille repose au cimetière de La Broque."

Article réalisé par: Mr Bernard Boussard,
enseignant retraité à Reims (école Charles Arnould) et
Mr Jean Simon, association l'Essor BP32 - 67131 Schirmeck , tel. 03 88 47 17 28 qui a pu retrouver l'histoire du fabricant de la voiture attelée.

Mise en page:Olivier Boussard (www.reims-web.com)