Oraison funèbre prononcée par Monsieur André Frossart dans l'église du Sacré Coeur à Reims :

Patureaux André

Ami André,

Le décret du 5 juillet 1951 portant concession de ta Médaille Militaire dit : Engagé dès1941 dans les groupes d’action de la résistance rémoise, entre au contact avec le réseau Action Vengeance en mars 1941.

Responsable de groupe de sabotage SNCF.

Homme d’un courage et d’un sang-froid hors de pair, arrêté à la suite d’une dénonciation, donnera la mesure de ses qualités en ne révélant rien malgré les tortures subies lors de ses interrogatoires. Déporté, a, au camp, la même attitude courageuse.

Bel exemple de patriotisme et de foi dans la victoire de son pays.

Ceci est un résumé, mais un résumé bien trop succinct de ton engagement dans la Résistance. Un texte administratif ne peut rendre compte de l’environnement des actions menées, des angoisses qui les accompagnent, des précautions peut-être insuffisantes que l’on a pris, de l’insécurité permanente qui les entoure, des appréhensions qu’il ne faut pas laisser voir quand les chapeaux mous de la Gestapo apparaissent dans le Dépôt, des appréciations sur le degré de confiance à porter à ceux qui ne sont pas dans l’action. Bref, un résistant est un homme qui vit dans un monde qui n’est pas celui de ses voisins et qui doit dominer sa peur jour après jour, heure après heure.

C’est dans cette ambiance que tu vas animer tes quatre groupes de sabotage en ne recourant aux explosifs qu’en cas d’urgence, afin d’éviter les représailles. Et tu feras beaucoup de mal à l’ennemi.

Dénoncé, tu vas connaître la prison Robespierre, les caves de la rue Jeanne d’Arc, les interrogatoires sadiques de la Gestapo mais ton courage mettra en échec ses méthodes sauvages. Ils n’obtiendront rien de toi. Tes compagnons seront sauvés. Ils te doivent sans doute la vie.

Et puis ce sera Compiègne, le convoi des tatoués, Auschwitz, Buchenwald, Flossenburg, Dachau. Mais la citation ne dit pas : les coups, les kapos, les chiens, la maigre soupe, les interminables appels, le camarade qui meurt sans que l’on puisse rien pour lui, la vie quotidienne des camps qui s’incruste d’une façon indélébile au plus profond de ta conscience, qui provoquera tes cauchemars et qui te conduira à témoigner auprès de la jeunesse, celle d’aujourd’hui à qui l’on cache trop souvent la vérité mais qui veut savoir.

Après le retour, lorsque ta santé sera rétablie, ta générosité va se tourner vers tes compagnons de lutte et, là aussi tu vas prendre tes responsabilités dans la Marne :

Amicale Action-Vengeance :membre adjoint du Comité Direcreur

UNADIF : membre du Comité depuis 1948, puis Vice-Président

Association des Français Libres : membre du conseil d’administration.

CVR : membre du Comité.

Association des membres de la Légion d’Honneur : membre du Comité.

Association des membres de l’ONM.