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L’HISTOIRE ILLUSTREE DE LA PLACE DROUET D'ERLON

 

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Place de la Couture : de la Culture aux Loges des artisans :

Sa création relève d'une charte de GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS, archevêque de Reims et Oncle du Roi PHILIPPE-AUGUSTE.

La place de la Couture correspond à l'actuelle place DROUET D’ERLON et la rue Large à l'actuelle rue BUIRETTE.

Le quartier a été urbanisé dès 1183.

A l'époque il était situé à l'extérieur des remparts et était occupé par des cultures maraîchères, d'où son nom de " Couture " qu'il gardera jusqu'en 1850.

En 1190, les métiers " bruyants " : menuisiers, charrons, charpentiers, tonneliers, s'y installèrent dans les " loges " : des boutiques ou ateliers situés en retrait par rapport à la façade des maisons, disposition que l'on a conservé dans les constructions d'après 1918.

Devant certaines loges des puits seront creusés.

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Place d'Erlon, vue d'ensemble
 
Place d'Erlon, St Jacques
 

 

La Foire de Pâques :

A REIMS, avait lieu un grand concours de marchandises au moment de Pâques. La tradition de cette foire où le négoce tenait régulièrement ses assises dans notre bonne ville, s'est perpétué jusqu'à nous.

Elle avait été instituée en 1170 par l'Archevêque HENRI DE FRANCE et se tenait alors au Faubourg SAINT-ELOI, c'est-à-dire à l'angle de la rue du Colonel FABIEN et de la rue MARTIN PELLER actuelles, dans l'intention charitable de donner des fonds aux léproseries installées à cet endroit. Mais, tout de suite, on put se rendre compte de l'intérêt majeur qu'il y aurait à transformer cette foire en véritable marché commercial.

Le mérite en revient encore à l'archevêque GUILLAUME AUX BLANCHES MAINS qui décida que la Grande Foire se tiendrait désormais de la veille des Rameaux à la veille de Pâques, sur le terrain de la " coulture " nouvellement érigé en " Mairie " avec sa juridiction particulière.

Elle jouit jusqu'au XVème siècle d'une grande vogue mais qui n'était point du tout comparable cependant à celle des grandes foires de Champagne.

Les petits métiers surtout y installaient leurs produits variés, depuis les étoffes d'or, d'argent et de soie apportées par les marchands d'Italie ou de Provence, les draps et les toiles de la région jusqu'aux fers, cuirs et victuailles.

Après la guerre de 1870, la foire se transforme. Les boutiques sont converties en magasins de pains d'épice, jouets d'enfants et produits alimentaires. On y exhibe, sous toutes leurs formes et dans des présentations luxueuses, les découvertes récentes : la vapeur, l'électricité, les rayons X, les gramophones et les cinématographes. Les bâtiments où se faisaient ces démonstrations portaient les noms de " VERSAILLES ". Tandis que les manèges forains rivalisent du modernisme.

Place d'Erlon, la statue du Comte

 

Du bûcher à la guillotine :

C'est aussi sur cette place qu'avait lieu les exécutions des condamnés à mort, selon la coutume de chaque époque : sur un bûcher, par pendaison ou par le supplice de la roue, spectacles alors fort appréciés par les gens à la recherche de sensations fortes ou avides d'actes de barbarie.

Retenons le cas d'une femme de PROUILLY, Jeanne DELOZANNE dite " La Grande Jeannette ", complice dans un assassinat de sept personnes, qui subira " la question " (torture qui consiste à enfoncer des coins entre les planches qui compressent les jambes jusqu'à les faire éclater). La " Grande Jeannette " fut la dernière cliente de ce terrible supplice, avant d'être pendue sur la place de la Couture le 11 février 1786.

Trois de ses complices ayant été condamnés, ont subi le même sort trois semaines auparavant sur la même place.

A la révolution, la guillotine fonctionna que quatre fois en 1796, pour deux " septembriseurs " responsables des massacres de 1792, pour un jeune noble de 23 ans et pour un prêtre émigré, rentrés l'un et l'autre, un peu trop tôt dans une France encore révolutionnaire, avec une justice expéditive.

 
La Coupole
Hôtel Continental

 

La fontaine de la Couture :

Là fontaine de la Couture fut érigée pour être dédiée à J.L.LEVESQUE de PROUILLY à l'emplacement de l'actuelle Fontaine " SUBE ".

Les travaux ne commencèrent qu'en 1756 et la ville marchanda longuement leur coût.

La réalisation, assez mesquine, utilisa une grande croix sur socle érigée à cette place depuis le XIIème siècle.

Les plans de LEGENDRE prévoyaient à cet endroit une fontaine monumentale, dont la conception fut fortement réduite. On ignore la date de sa destruction, mais elle est antérieure à 1842.

Le Maréchal DROUET Comte D’ERLON :

Non, DROUET D’ERLON n'était pas un général de Napoléon 1er. 

Jean-Baptiste François DROUET, Comte D’ERLON, naquit à Reims en 1763.

Avant de devenir militaire, il mania d'abord les outils de serrurier dans l'impasse aux Cros.

En 1780, âgé de 17 ans, il devint soldat. Quelques années plus tard, en 1792 il se porte volontaire pour défendre la patrie en danger et aurait signé son engagement sur la place qui porte son nom.

Il conquit ses grades sur les champs de bataille lors des campagnes napoléoniennes :

FLEURUS, ZURICH, EYLAU et AUSTERLITZ. La capitulation de DANTZIG fut son œuvre.

Il commanda en Allemagne, en Espagne et au Portugal. Puis, ce fut l'exil, lors de la Restauration.

Rappelé à l'activité par Louis Philippe, en 1830 on le retrouve en Algérie, où il fit preuve, encore une fois de son talent et de son expérience.

Nommé Pair de France le 19 novembre 1831, il continue son ascension fulgurante. En 1834, il est nommé gouverneur de l'Algérie nouvellement conquise par la France.

A juste titre, il reçut le 9 août 1843, la bâton de Maréchal de France qui venait ainsi couronner une existence toute vouée au service de la patrie.

Il décéda à Paris le 25 janvier 1844. Sa dépouille mortelle transférée à Reims au cimetière du Nord fut honorée de somptueuses obsèques le 3 avril de la même année.

Le Maréchal Drouet d'Erlon

 

La statue du Maréchal DROUET D'ERLON:

Le 24 mars 1849, le conseil municipal avait décidé que la statue de bronze, œuvre du sculpteur Louis Rochet, serait édifiée sur la place de la Couture.

Le Prince LOUIS-NAPOLEON BONAPARTE a été invité à présider cette mise en place ; se méfiant des rémois et des marnais, malgré sa promesse, il évita de venir à REIMS et la cérémonie se déroula sans lui, le 28 octobre 1849.

La statue se trouvait non pas au carrefour occupé aujourd’hui par la fontaine SUBE, mais plus près de la Gare, dans l'axe de la rue CHATIVESLE.

C'est en 1903 qu'elle fut transférée, certains auteurs vous diront " reléguée " en périphérie de la ville à l'angle des boulevards Victor Hugo et Henri VASNIER, où elle se trouve encore.

Son déplacement ne se fera pas sans peine.

Un solide échafaudage en charpente boulonné de 11 mètres de haut est exécuté pour " emballer " le colosse qui part le 31 juillet à 7h15 sur un fardier tiré par trois chevaux blancs. Il ne gagnera pas tout de suite son emplacement qui n'est pas encore prêt, il sera remisé dans un entrepôt du faubourg CERES, d'ailleurs dans ce déplacement il perdra la grille qui l'entourait et son emmarchement.

La Fontaine Subé

 

La fontaine SUBE :

De 1903 à 1906, la place D'ERLON subit une transformation totale, après le déplacement de la statue du Comte D’ERLON, il fut réalisé une grande avenue centrale de 20 mètres de largeur, avec plantation d'une ligne d'arbres sur chaque trottoir. Les premiers arbres, côté gare, avaient été planté dès 1882.

Suite à un don de 200 000 F or (environ 4 millions de nos francs) d'un enfant du pays, Alfred SUBE, mort en 1899, une fontaine monumentale sera exécutée après un concours où quatre vingt cinq maquettes ont été déposées.

Le jury a choisi celle de l'architecte André NARJOUX et des sculpteurs Paul GASQ, Paul AUBAN, L.BARALIS et à l’ornemaniste Charles WARY.

Surmontée d'une " Victoire " en bronze, agrémentée de quatre sources symbolisant les rivières qui arrosent le département : la MARNE, la VESLE, l'AISNE et la SUIPPE (orthographiée avec un " S " par erreur sur le monument).

     
Fontaine Subé: la Marne
 
Fontaine Subé: la Vesle
 
Fontaine Subé: l'Aisne
 
Fontaine Subé: la Suippe

 

La première pierre sera posée le 23 mai 1904 et l'inauguration en grande pompe aura lieu le 15 juillet 1906 par Léon Bourgeois, ministre des affaires étrangères, sénateur de la Marne, en présence de plusieurs milliers de Rémois.

Un ballon à air chaud prendra son envol lors de la cérémonie. Evénement exceptionnel pour l'époque.

L'inauguration de la Fontaine Subé

 

Le Tramway :

La ligne C ou n°3 Gare Faubourg SAINTE-ANNE desservait à l'origine la Place D’ERLON, la ligne LAON – SAINTE-ANNE - Maison Blanche et la ligne BETHENY – Foyer Rémois desserviront aussi la Place.

A noter la courbe des rails engendrée par l'édification de la fontaine SUBE.

Place d'Erlon: Tramway

 

Guerre 1914-1918 :

La place DROUET D’ERLON a particulièrement souffert des bombardements Allemands et des incendies, il n'en restera qu'un champ de ruines, seuls terrains de jeux pour les enfants de la cité martyre et miraculeusement la fontaine SUBE bien qu'endommagée restera debout avec sa gloire à son sommet.

L'église SAINT-JACQUES de son côté, y perdra son clocher.

Buirette et Subé: la Guerre 14/18

 

La reconstruction :

Dès 1920 on entreprendra la reconstruction dont le Palais Rémois qui deviendra par la suite le cinéma L'EMPIRE, puis le GAUMONT.

LE LION D’OR qui se trouvait avant 1914 sur le parvis de la Cathédrale sera construit pour devenir le grand Hôtel de REIMS.

Il sera démoli dans les années 80 après avoir reçu les plus hautes personnalités Françaises ou Etrangères. Parmi celles-ci on citera : KROUHTCHEV, LE GENERAL DE GAULLE, ADENAUER, VALENTINA TERECHKOVA (lère femme dans l'espace) et aussi des artistes de variétés : TINO ROSSI, SHEILA, CLAUDE FRANCOIS, etc...

 
Hôtel du Lion d'Or (au lit on dort)
 
Le Palais rémois (aujourd'hui Gaumont)

 

La guerre 1939-1945 :

Pas de photo de la place avec les allemands, il était strictement interdit de photographier...

Notons qu'une photo clandestine a été prise le 20/04/1941 qui fait apparaître un drapeau tricolore avec une croix de lorraine au sommet de la fontaine SUBE, œuvre d'un collégien patriotique de " JOLICOEUR " aujourd’hui " ROOSEVELT ".

Peu de temps après la fontaine SUBE est privée de sa "Victoire ailée" enlevée par les allemands pour devenir canon ou obus...

Il a fallu attendre 1989 pour qu'une reproduction réalisée grâce à une statue miniature de Mme MORIN, la fleuriste du COURS LANGLET, puisse orner à nouveau la fontaine.

Les Loges

 

Aujourd'hui :

L'église SAINT-JACQUES a retrouvé son clocher et trois cloches nouvelles ont été bénies le 12 décembre 1993 par Monseigneur BALLAND avant de sonner pour la première fois la nuit de Noël.

Ces dernières années un parking souterrain a été créé et la place réaménagée en place piétonne.

Les Loges et la Fontaine Subé

 

Lorsque l'on regarde les cartes postales du début du siècle on constate que sauf à quelques exceptions près (voitures à bras ou à chevaux) qu'elle ressemblait à une voie piétonne. D'ailleurs n'oublions pas l'arrêté municipal du 5 juillet 1821 (toujours en vigueur) qui stipule :

" Il est fait défense à tous les individus de conduire des bêtes de somme, brouettes ferrées et autres, sous les loges de la Couture " ; Tandis qu'un autre arrêté du 12 décembre 1842 interdit différents lieux de la ville, dont " les galeries de la Couture " aux filles publiques.

Sommaire
Michel THIBAULT (Amicarte 51)

Texte recueilli par Olivier Boussard et Pascal Bonnarde