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Les intempéries :

Souvenez-vous, le 26 décembre 1999, la tempête, la tempête dramatique ravageant toute la France et une partie de l’Europe.

Printemps et Automne 2000, des inondations un peu partout en France, en Angleterre, en Espagne, en Italie et au Portugal , des éboulements de terrains sur la Cote d’Azur…

Octobre, Novembre, Décembre 2000, de la pluie et de la douceur, le thermomètre à la hausse qui frise des records du siècle. Des roses de Noël en fleur à la Toussaint, le jasmin et les prunus qui fleurissent en décembre avec trois mois d’avance… A Noël, encore des chrysanthèmes qui d’ordinaire gèlent à la Toussaint ! du jamais vu !

Les rémois vous diront : " Il n’y a plus de saison ". Les scientifiques et les écologistes vous parleront du réchauffement de la planète et de l’effet de serre. Une conférence internationale se penchera sur la question sans parvenir à la résoudre ; même si les météorologistes vous disent que les cycles du chaud et du froid reviennent régulièrement, de même pour les grandes glaciations.

 

rue Libergier

Mais revenons sur terre, à Reims en Champagne, les anciens vous diront qu’ils ont connu des inondations avec les débordements de la Vesle à Cormontreuil et à Saint-Charles et les chaussées en bordure du canal couvertes de 30 centimètres d’eau lors des pluies d’orage, des hivers rigoureux avec des moins 28° à Courcy et des 60 centimètres de neige !

 

rue de Vesle

Aussi permettez-moi de vous conter les rudesses des hivers de la belle époque ! Avec preuve à l’appui des photos et cartes postales sur le patinage.

On patine sur le canal :

Il serait téméraire de vouloir préciser la date à laquelle on commença à patiner à Reims. Mais nous savons que la création du port avec l’arrivée du Canal, en 1848, en fournissant une vaste patinoire au moment des gelées, favorisa le développement de cet agréable et attractif exercice.

On patinait avec enthousiasme en 1864 et le journal local de l’époque nous conserve le souvenir d’une tentative de fête nocturne sur la glace.

Le dimanche 10 janvier, quelques jeunes gens, à la tombée de la nuit, eurent l’idée de continuer à patiner en s’éclairant avec des lanternes vénitiennes qu’ils tenaient en main.

Le spectacle charma les promeneurs qui s’étaient attardais sur les bords du canal. Le succès obtenu par les patineurs fut tel qu’ils décidèrent de recommencer le jeudi et le dimanche suivant. Pour corser le spectacle ils projetèrent même de pousser des traîneaux

Illuminés. Ils avaient compté sur la persistance de la gelée. Malheureusement, la température

se releva et le projet tomba à l’eau !

Bien que les hivers fussent, autrefois, plus réguliers et plus froids que de nos jours, on ne pouvait compter sur une solidité réelle de la glace du port.

L’emplacement présentait d’immenses dangers, en cas de rupture de la surface glacée.

Tel l’accident qui se produisit le dimanche 13 janvier 1878. vers 16 heures, la glace se rompit. Une douzaine de patineurs disparurent sous la glace. Grâce à la rapidité des secours, on n’eut à enregistrer que la mort d’un petit garçon de la rue des Moulins. (déjà en 1787, un jeune enfant, qui glissait sur la Vesle gelée disparut sous la glace).

Dès le lendemain de l’accident de 1878, un rémois adressa une lettre ouverte que publia le courrier de la Champagne. Il émettait l’idée de former une société qui se chargerait, au moment des gelées, de faire inonder une prairie où les amateurs pourraient patiner en toute sécurité.

L’idée devait, dix ans plus tard, trouver sa réalisation.

En 1881, s’était fondée, sous le titre de Société du Grand Bailla, une société dont le but était de faire le bien en organisant des fêtes de bienfaisance. En janvier 1885, sans doute pour répondre au désir des patineurs, la Société décida d’organiser, dans une partie du port, une patinoire entretenue et balayée. La perception d’un léger droit d’entrée permettait d’espérer un petit bénéfice dont profiteraient les pauvres.

Toutefois, le public fut prévenu que la Société, en aucune façon, ne voulait être rendue responsable des accidents qui pourraient se produire. Cette mesure de prudence allait aider à la création d’un bassin de patinage. Car en plus à cette époque, avant la fabrication de la glace artificielle, on extrayait en différents endroits du port de la glace pour la stockée dans un dépôt qui pouvait contenir 300 mètres cubes de glace et qui était situé dans le square de la mission, aujourd’hui, Monument aux Morts.

 

patinage à Reims (St Charles)

Création du Bassin de Patinage de Saint-Charles :

Au cours de l’année 1887, la Société du Grand Bailla décida avec l’accord de la Ville

de Reims la création d’un bassin de patinage.

Elle avait jeté ses vues sur un terrain voisin du pont de chemin de fer de Reims à Paris par Soissons. Ce terrain, un pré marécageux, à un sieur Huart. Il avait, toutefois, besoin d’être

Aménagé pour sa nouvelle destination. Il fallait le creuser pour retenir l’eau.

La dépense était estimée à 3 000 francs. La Société pensa que la Ville pourrait, peut-être, coopérer aux frais d’établissement de deux bassins, l’un payant, l’autre gratuit.

Le Maire, Mr HENROT, soumit la proposition à son Conseil, le 24 novembre 1887.

Il lui fit savoir que la Société se chargerait de tous les frais d’aménagement si la ville consentait à prendre à sa charge les travaux de terrassement sur une surface de 14 000 mètres carrés.

La réponse fut favorable. Les travaux furent entrepris de suite, et poussés très activement puisque, le 1er janvier 1888, à neuf heures du matin, les Rémois pouvaient profiter de la patinoire payante.

La création des bassins de patinage motiva un arrêté municipal, signé du Maire et daté du 16 janvier 1888. Il interdisait de patiner ou de glisser sur le canal dans sa traversée de Reims.

horaires et tarifs du patinage

 

L’usage de la patinoire, hâtivement aménagée, permit de constater quelques imperfections. Aussi, le Société du Grand Bailla décida-t-elle de compléter l’organisation des bassins. Le voisinage de la Vesle devait faciliter l’arrivée d’eau, de plus il fallait aménager les abords : clôtures, guichets, abris, vestiaires, bancs etc. Ces travaux furent exécutés par des ouvriers en chômage.

Le bassin transformé fut inauguré le 5 janvier 1889. Pour faciliter son accès, une barque se tenait en permanence sur le canal 0 fr. 10, patineuses et patineurs, étaient déposés

sur la rive opposée du canal. (La passerelle du pont d’Epernay dite du Bois d’Amour ne fut construite qu’en 1896 et devint inutilisable 100 ans après pour des raisons de sécurité dues à sa vétusté).

Ce fut en cette année 1889 que l’ouverture des bassins de patinage fut annoncée, au

public, par une oriflamme jaune et bleue qui était hissée sur la statue de Louis XV, place

Royale.

Par la suite, d’autres drapeaux identiques furent placés en différents endroits de la ville : Au pont du canal, à l’extrémité de la rue de Vesle (1893) ; à l’esplanade Cérès (1895) ; à l’extrémité du Boulevard Roederer (1896).

Des affiches, aux couleurs vives, furent également apposées. Une de ces affiches représentait, à mi-corps, une patineuse ; elle était signée Nava et elle avait été éditée, en 1896, chez Matot-Braine. Un exemplaire de cette affiche est conservée par la bibliothèque de Reims.

Collégiens et lycéens, qui ne disposaient que de leur jours de congés pour patiner, surveillaient de très près, en se rendant à leurs cours, oriflammes et affiches. Par malheur, trop

souvent l’apposition de ces signes signifiait le dégel prochain.

Le patinage à cette époque était en faveur au Collège Saint-Joseph. Tous les ans, au moment des gelées, les cours de récréation étaient inondées et transformées en patinoires.

 

un dimanche à Reims

Sur la Patinoire :

L’hiver 1889-1990 s’annonça favorable pour le patinage. La Société du Grand Bailla songea à organiser une fête de nuit sur glace.

Il fut possible d’organiser cette fête, le mardi 23 janvier, à 20 heures. Elle obtint, surtout, un succès de curiosité ; les spectateurs furent plus nombreux que les patineurs.

En dépit d’un éclairage improvisé avec 3 000 ballons de couleur, la piste fut médiocrement éclairée. Fort heureusement, on avait amené une locomotive qui fournit l’électricité à un projecteur.

La fanfare des Tonneliers rythmait les évolutions des patineurs qui tenaient des ballons et portaient des chapeaux lumineux.

Par prudence, on avait formellement interdit de se servir de verres de couleur.

Des traîneaux décorés et illuminés suscitèrent la curiosité du public. Un des traîneaux figurait une bouteille de champagne, un autre une " cocotte " en papier.

Mais, trois traîneaux furent particulièrement remarqués : celui qui représentait le Grand Baillé ; celui des officiers du génie, celui de Mr KALAS, avec son goût délicat, avait imaginé, une jonque avec kiosque japonais.

La soirée se termina par la représentation d’une attaque de Lapons par des ours et par une chasse à l’ours. (Les patineurs figurant les ours avaient endossé des manteaux de fourrure à longs poils fort à la mode à la fin du XIXème siècle).

L’hiver 1890-1891 fut, également, favorable aux patineurs. La persistance de la gelée et l’épaisseur de la glace permirent au sculpteur rémois Edmond CHAUVET d’édifier des monuments en glace avec des blocs extraits du canal.

On était alors à la mode des jupes cloches, d’une ampleur exagérée dans le bas, mode peu commode pour la pratique des sports, mais mode infiniment gracieuse dans les balancés du corps sur la glace.

En 1893 et 1894 les adeptes du patin purent se livrer à un entraînement suivi. Mais l’hiver 1895 fut encore plus rigoureux. On patina plus de 5 semaines à compter du 8 janvier. Dans la nuit du 6 au 7 février, le thermomètre descendit à – 23° de froid. L’affluence des patineurs fut telle, qu’en dépit des soins journaliers, il fallut fermer les bassins pendant trois jours, pour refaire la patinoire écaillée et fendue.

La patinoire de Saint-Charles fonctionna jusqu’a l’ouverture de la Patinoire Olympique de la Chaussée Bocquaine qui fut inaugurée en Octobre 1967 par Mr TAITTINGER Maire accompagné du Sous-Préfet, suivie d’une nouvelle inauguration officielle début Décembre 1967 en présence du Ministre des Sports Mr François MISSOFFE.

Au Collège d’Athlètes, l’hiver 1914 :

Par ailleurs, on peut noter que durant l’hiver 1914, on patinait sur la glace de la piscine du Parc Pommery.

 

la piscine du collèges des athlètes

Le collège d’Athlètes ouvre le Ier avril 1913 sous la direction de Georges HEBERT qui met en place sa méthode dite naturelle qui repose sur l’endurcissement du corps. L’entraînement se fait autant que possible, torse nu.

 

l'entraînement au Parc Pommery

Grâce à l’endurance et l’énergie des moniteurs du Collège d’Athlètes, le 25 Décembre 1913 à 15 heures, face aux Régates Rémoises après avoir cassé la glace du canal, une dizaine d’athlètes participent à la Coupe de Noël de natation en traversant le canal à plusieurs reprises et en faisant ensuite une démonstration de plongeons dans l’eau glacée.

 

course à pied ...et à poil

Au Parc Pommery, les exercices avait lieu dans la neige, toujours torse nu, mais aussi sur la glace de la Piscine où les stagiaires et leurs moniteurs se livrèrent à des exercices périlleux de patinage et même de boxe sur glace en petite tenue...

 

lutte sur la piscine gelée

Cette méthode est parait-il très efficace contre les maux de gorge et la bronchite...

 

Michel THIBAULT (AMICARTE 51)

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Texte recueilli par Olivier Boussard et Pascal Bonnarde